Ce chemisier que j'aime tant ! - Geraldine King

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Ce chemisier que j'aime tant !

Ce chemisier que j'aime tant ! - Geraldine King

J’avais un chemisier en soie que j’aimais particulièrement. Sa couleur, un rose magenta lumineux, les dentelles teintes dans la même nuance et les broderies rouges et dorées, le rendaient parfait pour toutes les occasions. Je pouvais le mettre avec un jean, avec une jupe droite, ou avec un tailleur. Depuis que j’étais parvenue à maigrir, je pouvais fermer tous les boutons du décolleté. Je reconnais que, pendant plusieurs années, je ne mettais plus ce chemisier à cause de ce détail. J’aime tellement ce vêtement, que je ne peux plus m’en passer. Mais j’ai remarqué qu’il se froisse, sans que je puisse faire quoi que ce soit pour l’en empêcher. Le dos et le bas du chemisier se plissent, au bout d’une heure à peine. Je porte donc, toute la journée, un beau haut tout froissé.

Comment font les autres personnes, celles qui passent leur journée sans qu’un seul faux pli n’altère leur tenue ? Ont-ils à leur service une armée de lutins invisibles qui vaporisent de l’amidon et passent un fer, tout aussi invisible, sur leurs vêtements, dès qu’un soupçon de froissement vient perturber l’ordonnancement parfait de leur vêtement ? Ce sont des mystères que j’ai du mal à percer. Pour une occasion spéciale, l’anniversaire de mon plus vieil ami d’enfance, j’avais pris une robe en lin, qui m’allait à ravir. Elle était d’un beige sable absolument sublime. L’accessoire principal, qui rendait cette robe vraiment très élégante, était une ceinture en cuir repoussé, de couleur caramel. Les fleurs et la végétation qui l’ornaient étaient magnifiques ; je l’avais trouvée d’occasion, et elle avait certainement été portée par des hippies. Seul problème, mais de taille : tout autour de la ceinture, des plis disgracieux s’étaient formés au cours de la soirée. En me regardant dans un miroir, je vis que ma robe tenait plus du sac à pommes de terre, que de la dernière tenue à la mode.

Ceci dit, j’aime cet effet négligé, imparfait. Cela apporte un peu de légèreté, un peu d’imperfection en ce monde si dur quant à l’apparence qu’une femme doit avoir. J’aime assumer ce côté désorganisé. C’est le sel de la vie, à mon sens, que d’avoir un peu de décontraction, même dans une tenue très stylée. Profiter de chaque instant, sans être gênée dans mes mouvements, sans manquer de naturel dans mon attitude, est aussi important que de respirer librement, de prendre la liberté de vivre sans que le regard des autres ne soit trop important.