Comme avec ma grand-maman - Geraldine King

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Comme avec ma grand-maman

Pour ne pas être en retard, car j’avais un avion à prendre, j’avais préparé ce que je mettrais dès la veille. Je ne m’étais pas couchée tard, pour être au mieux de ma forme et ne rien oublier. Ce déplacement professionnel n’avait pas été prévu depuis plus de trois jours, mon organisation devait être sans faille et j’étais surexcitée. Je partais pour une semaine dans une île paradisiaque, et je devais mener à son terme un dossier que je suivais avec intérêt. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Cependant, dès le matin, je sentis que j’avais une irritation de la gorge. J’ai éternué sans discontinuer de mon réveil à la première gorgée de thé que j’ai avalée. La chaleur du breuvage a décongestionné mon appendice nasal, comme le disait ma grand-mère. Elle parlait toujours avec un langage alambiqué. Ses années de médecine avaient formé son parler.

Elle m’avait emmenée en voyage et j’avais découvert de nombreuses contrées en sa compagnie savante et joyeuse. La préparation à ce séjour avait été l’occasion de me remémorer mes souvenirs de départ, lorsque j’étais encore enfant. Avant de fermer la porte, nous avions une petite cérémonie. Ma grand-mère se retournait vers sa maison, elle me prenait la main. Nous souhaitions de bonnes vacances à la maison, et elle lui précisait qu’elle reviendrait bientôt. Ce rituel m’amusait. Cela me rassurait de prononcer ces paroles, comme si, en retour, les murs nous souhaitaient de passer de bons moments toutes les deux. Une fois, nous avons dû reporter notre départ, car j’avais eu une grippe. La fièvre m’avait empêché de me lever de mon lit, et les vacances n’avaient pas pu avoir lieu.

En me remémorant toutes ces anecdotes, j’ai constaté que la liste notée sur mon réfrigérateur n’avaient pas été tournée. J’avais oublié de demander une soumission toiture Shawinigan, ce qui était urgent, et que je devrais faire absolument dès mon retour. J’ai mis un autre papier avec ce que j’avais à penser en rentrant chez moi. Tout en même temps, je finissais de prendre mon déjeuner. Mon bagage, léger, était déjà prêt, dans mon vestibule. J’avais encore quelques minutes avant que le chauffeur de taxi arrive. Je me suis mise devant ma porte d’entrée, et j’ai prononcé les mêmes mots que lors de mon enfance. C’était la première fois que je partais seule, et cet instant solennel a tout de suite chassé mes inquiétudes.